Que cache le silence de Joseph Kabila?

Militaire de haut rang, Joseph Kabila Kabange a appris, durant de nombreuses années, à manier les armes. Il semble cependant avoir dénicher l’arme la plus redoutable qui lui aura permis de tronquer, avec aisance, son treillis vert olive contre le costume de Président de la République en 2001; le silence.

Depuis toujours, le silence a été la muraille du Raïs; celle sur qui il se tient debout pour mieux voir le paysage politique mais celle aussi qui le protège des coups pernicieux du monde du pouvoir où jalousie et ambition démesurée se mêlent trop facilement.

Pourtant sa voix compte. D’abord pour sa famille, déboussolée depuis plusieurs mois et livrée à ses vieux démons que même l’ exorcisme collectif du Comité de crise, mis en place pour extirper le mal, échoue de neutraliser.

Sa voix compte aussi pour le peuple congolais, bercé depuis deux ans, par des promesses sucrées à l’arrière goût amère. Tout se dit mais rien ou presque ne se fait, regrette Clément une agent de la Direction Générale des Impôts.

La nostalgie du silence productif du Raïs gagne tu terrain à vue d’oeil. C’est à pleine gorge que l’on réclame désormais le retour du taciturne JKK. Les femmes maraîchères, les fonctionnaires, les étudiants, les corporations; la société congolaise est en ébullition.

Le peuple manifeste, sans retenue, sa grogne et veut le divorce avec le camp présidentiel, martèle un député national qui a requis l’anonymat; Il averti « cette situation devenue intenable risque de conduire au pire si on ne répond pas aux attentes du peuple »

2023 semble bien loin pour leur impatience d’autant qu’il se chuchote des manoeuvres de glissement élaborées dans le labo mobutiste du camp présidentiel avec comme chef d’orchestre, l’alchimiste Kitenge Yesu assisté d’un certain Tshibombo Mukuna.

le silence inquiétant

Tout au long de son mandat, Joseph Kabila préférait répondre par l’action sur terrain, sa parole étant conservée pour des moments dorés. Curieusement depuis 2019, l’homme de Kingakati s’est mis en retrait; pas de parole et pas d’action.

Pourtant, les opportunités n’ont pas manqué pour le pousser hors de sa réserve. Son allié, Félix Tshisekedi, a craché, parfois avec suffisance, sur l’accord politique FCC-CACH, la Constitution de la RDC chèrement obtenue a fait l’objet de nombreuses violations par le camp présidentiel.

Faut-il rappeler les attaques judiciaires malveillantes, la traque et l’arrestation arbitraire de plusieurs kabilistes. Et que dire de ce détournement éhonté de la majorité parlementaire du FCC pour servir les calculs personnels.

Toujours le silence du côté de Kashamata où le Raïs a trouvé peut-être un repli stratégique face à un pouvoir que plus rien ne distingue des pires dictatures qui ont négativement marqué le continent africain. C’est en tout cas le point de vue défendue par les partisans de Kabila.

Et pourtant aucun silence n’est complètement vide; et le silence, même profond, ne rime pas toujours avec faiblesse dit-on. A force de donner l’impression de reculer silencieusement, JKK inquiète car un stratège recule avec ses pas mais conserve ses yeux posés sur l’horizon lointain.

Un ressort n’accumule-t-il pas davantage d’énergie lorsqu’il est fortement comprimé? Ce silence devrait interpeller ceux qui préfère vendre l’illusion du peuple d’abord car les congolais, à bout de souffle, sont peut-être prêts à tous les scénarios.

Armand Mande

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