Triste anniversaire de la Constitution de la RDC

Il y a exactement quinze ans, sous le leadership de Joseph Kabila, la République Démocratique du Congo se dotait d’une nouvelle Constitution qui scellait le pacte démocratique auquel les congolais, de toutes les couches, aspiraient pour définitivement tourner le dos aux jours sombres de la dictature mobutiste. Le référendum populaire organisé à cet effet, obtint la bénédiction de la grande majorité du peuple. La dictature appartenait visiblement au passé !

Cette loi fondamentale, devenue aujourd’hui la pierre angulaire de la démocratie congolaise aura facilité, entre autres, la tenue des élections libres démocratiques et transparentes, le fonctionnement républicain des institutions, la libération effective de l’espace politique, le réaménagement du territoire national 26 Provinces, la promotion des libertés ainsi que l’indépendance de la Justice.

Point d’honneur ; c’est grâce à la Constitution, que le pays a vécu, pour la toute première fois de son histoire, avec à sa tête Joseph Kabila, la première passation de pouvoir apaisée, devant des observateurs médusés dont certains doutaient encore de la bonne foi de Joseph Kabila alors qu’il avait, rappellent ses proches, à plusieurs reprises, démontré son attachement au respect de la première loi de la RDC.

Le recul !

Quinze ans plus tard, le bilan s’impose au moment où le pays prend le virage de l’Union Sacrée pour la Nation et que se font entendre des voix qui dénoncent régulièrement la violation de la Constitution. Le FCC de Joseph Kabilla accusé lui aussi, il y a encore quelques années de violer la Constitution, est aux avant-postes de cette lutte pour la préservation de la loi fondamentale.

Simple changement de rôle ou constat d’un bouleversement qui devrait interpeller ? Il semble que les anciens opposants, parvenus au sommet de la République, manœuvrent la real politique en froissant assez régulièrement certaines pages de la Constitution. C’est le constat que dresse José Manda, responsable du desk politique  au carrefour congolais pour la démocratie, qui regrette ce qu’il qualifie de surprise désagréable à l’occasion d’une réunion tenue ce 18 Février 2021 au sein de leur ONG.

Le peuple attendait tout autre chose des anciens combattants de l’UDPS, martèle-t-il en appelant à un sursaut démocratique de ceux qui dirigent aujourd’hui. Difficile de contredire totalement José Manda car la réalité du terrain donne la curieuse impression d’un retour vers les zones marécageuses de la démocratie de façade. Le régime est accusé de laisser apparaitre un visage de fer et les portes des prisons seraient désormais ouvertes pour brider certaines paroles, celles qui ne plaisent pas.

L’équilibre institutionnel vacille sur les cordes distendues de calculs politiciens. La nomination des Juges à la Cour Constitutionnelle, fortement contestée par le FCC, aurait violé le cadre constitutionnel. Tout comme  le  récent renversement de la majorité parlementaire qui, selon plusieurs juristes, s’est concrétisé par un coup de force bien éloigné du texte de la Constitution. Le décor est planté pour l’éclosion d’un régime liberticide.

Rien ne semble arrêter les nouveaux hommes forts, emportés par la dynamique enivrante de la victoire. Difficile pour certains de laisser persister ce dédain pour le Constitution. Tous les congolais, bien au-delà de leur appartenance politique, se souviendront sans doute que cette constitution est avant tout l’héritage de nombreuses luttes et de nombreux sacrifices. En mémoire de ceux qui sont tombés pour que triomphe la démocratie, n’est-il pas juste de respecter cette Constitution? 

Jean-Marcel Zingu