L’heure de la chasse aux kabilistes a-t-elle sonnée ?

Il ne fait pas bon être kabiliste sous le ciel ombrageux de l’Union Sacrée pour la Nation, le grand rassemblement politique qui semble balayer tout sur son passage depuis quelques semaines. Après le démantèlement de la majorité parlementaire FCC, le camp présidentiel aurait, selon certaines indiscrétions, engagé l’épuration du camp kabiliste. Pour ce faire, la machine judiciaire et l’Inspection Générale des Finances (IGF) sont mis à contribution.

Ce filet resserré, jeté sur le microcosme politique congolais n’aurait, en réalité, pour vocation que de ramener les gros poissons, ceux qui, au fil du temps, se seraient sécurisés derrière le rempart des intouchables et qui auraient parfois incarné le visage le plus fort du régime Kabila. L’entourage de Félix Tshisekedi entend donc anéantir certains mythes à coup de grande publicité.

Matata Ponyo, l’austère ancien Premier Ministre, est sous le viseur depuis un bon bout de temps, cité dans l’affaire du projet agroalimentaire Bukanga Lonzo dont la gestion n’aurait pas, selon certaines sources, été des plus transparentes. L’homme à la cravate rouge est accusé d’avoir détourné des deniers publics et court le risque du carton rouge judiciaire.

Dépouillé de sa combativité habituelle lors de la chute du Bureau du Sénat, Alexis Tambwe Mwamba est lui aussi sous la pression d’un dossier de détournement de fonds destinés au fonctionnement de la chambre haute. Trouvera-t-il la force pour résister à cette nouvelle tempête dans sa carrière politique riche en rebondissements ou est-ce le crépuscule pour ATM ? Il a en tout cas fait parvenir ses explications dans le délai imparti de cinq jours à l’IGF qui attend des clarifications et qui penche sur le dossier, ce vendredi 12 Février 2021.

L’équipe de Jules Alingete, livre sans doute l’une de ses croisades les plus spectaculaires, suscitant la panique partout où elle pointe son nez. Dans le Haut-Katanga, des inspecteurs de l’IGF ont récemment été chargés de contrôler les ministères et services constituant la chaîne de la dépense publique à Lubumbashi. Une mission similaire avait été diligentée au Lualaba sur fonds de calculs politiciens, observe un Conseiller du Gouverneur Muyej qui a requis l’anonymat.

Pour tous les autres qui se savent mêlés ou pas dans des dossiers qui pourraient susciter l’appétit de l’IGF, l’instinct de survie les a poussés soit à la transhumance politique soit encore au silence glacial pour éviter de déranger la fureur du roi. Certains n’osent même plus défendre Joseph Kabila. Pour Crispin Moja, militant de longue date de l’UDPS, c’est une preuve de naïveté politique, la purge tshisekediste est lancée et les prochaines victimes se compteront au sein de l’Union Sacrée.

La mise à l’écart de Vital Kamerhe, condamné à 20 ans de prison pour détournement de deniers publics, était-elle un avertissement cynique de ce qui pourrait arriver dans l’avenir ? Il est probable que certains cadres FCC qui ont choisi de basculer dans le camp présidentiel n’obtiennent que menottes aux poignets  en lieu et place des fauteuils prestigieux des postes ministériels.

Charly Mwamba