Daniel Mulunda arrêté pour un sermon qui dérange

En dénonçant, avec le ton de liberté qu’on lui reconnait, la dictature qui s’installe progressivement en RDC, Daniel Mulunda, pasteur responsable de la Nouvelle Église Methodiste, se savait il déjà sous l’oeil scrutateur du régime. Le voilà, en tout cas, pris dans les filets de l’Agence Nationale de Renseignements ( ANR) qui l’a brutalement arrêté depuis l’après-midi de ce mardi 18 Janvier 2021.

Deux jours plus tôt, son temple de Lubumbashi était plein comme un oeuf. Quelques grandes figures du FCC, en séjour dans le chef-lieu du Haut-Katanga y participaient, mobilisés par l’événement du jour, la commémoration du vingtième anniversaire de la tragique disparition de Mzee Laurent Désiré Kabila.

Orateur du jour, Daniel Mulunda s’est distingué par sa franchise en n’hésitant pas d’alerter les autorités du pays sur le virage dangereux que prend la démocratie congolaise. Réfutant farouchement les accusations séparatistes qui pèsent sur lui, il a tout de même posé les conditions pour ne pas basculer dans le sécessionnisme katangais. C’est de sa voix percutante qu’il a notamment exigé le respect dû au Président honoraire Joseph Kabila.

Rien donc, à première vue, de si grave dans ce prêche qui ne dérangerait même pas une mouche dans une démocratie viable. Mais selon de nombreux observateurs, dans la RDC post Kabila, il faut savoir choisir ses mots au risque de creuser sa propre tombe. Fini donc l’époque où l’on pouvait tirer à boulets rouges sur le chef de l’État. Les libertés sont incontestablement sous haute surveillance.

Les rouages répressifs du nouveau régime ont démontré depuis plusieurs mois leur capacité à mettre sous silence les voix qui oseraient s’élever contre le camp présidentiel. Le Pasteur Mulunda pourrait ainsi rejoindre les Henry Maggie et autres Barnabé, frappés par la foudre du sommet.

En s’attaquant à ce fidèle soldat de Joseph Kabila, les commanditaires de cette arrestation ont sans doute chercher à avertir tout porte-voix du camp FCC du danger qu’il y a à mobiliser l’opinion dans le sens de l’idéologie politique du FCC. La sanction est impitoyable; ne risque t-elle pas de servir d’étincelle dans la poudrière katangaise où l’exaspération nourrit le discours séparatiste. Il semble que ce risque n’est pas mesuré.

Lardin Mohele