Néhémie Mwilanya: l'architecte injustement combattu?

Le professeur Néhémie Mwilanya est, depuis la chute du Bureau Mabunda, la cible de la foudre de certains de ses camarades du FCC qui tiennent mordicus à ce que l’élu de Fizi, endosse seul la responsabilité de la débâcle observée au sein de la famille politique kabiliste.

Les mots de ceux qui ont choisi d’être ses adversaires sont bien souvent durs et le verdict est implacable ; Néhémie Mwilanya doit démissionner!. D’autres, en revanche, s’interrogent sur la pertinence de cet acharnement visant à mettre en cause son bilan à la tête de la Coordination du FCC?

L’ ascension du prof

Les boureaux du prof prétextent « des revers successifs », sa philosophie de régénérécence politique et des incompatibilités d’humeur qui auraient, selon eux, au fil des jours, éloigné Mwilanya de la réalité du terrain, l’enfermant dans une posture arogante et égocentrique.

Il est vrai que la montée fulgurante de ce brillantissime juriste, respecté par de nombreux observateurs pour sa lecture globale et affinée du jeu politique, aura surpris la bureaucratie kabiliste portée par des certitudes apparemment inamovibles. Le prof est tombé comme une comète dans un univers où les premiers arrivés brillent par leurs caprices.

N’étant ni de la Cour ni dans la cour, Néhémie Mwilanya parvient pourtant a trouver une place dans le coeur du Raïs, un chef maniaque dans le choix de ses plus proches collaborateurs.
JKK tombe ainsi rapidement sous le charme de ce technocrate qui fait la politique de la subtilité et donc de l’efficacité. Par son talent, Néhémie Mwilanya, bouscule les méthodes figées et atteint rapidement le firmament du kabilisme.

La vieille garde comprend très vite que les prochaines pages du kabilisme porteront l’encre de ce professeur austère dont le silence ressemble à une muraille invincible. Le prof additionne, en effet, les expériences au point, signe de récompense, d’être gratifié du poste tant convoité de Dircab du Chef de l’État. C’est la consécration d’un animal politique inattendu.

Tel un métronome, Néhémie Mwilanya, distille àvec dextérité les orientations de l’impénétrable Joseph Kabila qui, tapi dans l’ombre, préfère se reposer sur son lieutenant que les kabilistes appelent désormais « copie conforme » ou « véritable premier ministre ». Il est vrai qu’à partir de son Bureau du Palais de la nation, il a, entre autres, piloté le Comité stratégique du suivi des mesures économiques dont les performances font palir de jalousie les décideurs d’aujourd’hui.

Bilan élogieux

Il existe une forte complicité entre Néhémie Mwilanya et son mentor; facile donc pour le coordonnateur de dérouler lentement mais sûrement un agenda ourdi entre quatres yeux. Néhémie Mwilanya devient très rapidement l’homme des dossiers sensibles; il met en musique le récital du dialogue politique de 2016 comme si lui et JKK ne faisaient qu’un. Habile, le professeur mobilise de nombreux opposants qui rejoignent rapidement la mouvance kabiliste déjà sous forte pression. Le débat du troisième mandat fait rage!

Face à la pression internationale qui monte cracendo contre une prolongation du régime Kabila, Mwilanya est à la manoeuvre diplomatique. Il met en place une stratégie souple et pragmatique pour faire entendre la voix de la RDC dans le concert des Nations. Le point de vue de la RDC « pas d’ingérence dans les affaires congolaises et coopération mutuellement avantageuse » est relayé dans de nombreux fora diplomatiques. C’est aussi lui qui engage la riposte face aux sanctions ciblées visant certaines personnalités proches de Joseph Kabila.

2018, annee électorale et rendez-vous de tous les dangers. Joseph Kabila fait le choix de l’alternance démocratique et désigne un dauphin applaudi d’une seule main par des caciques qui lorgnaient visiblement sur le fauteuil suprême depuis un bon moment. Instinct de survie politique, Néhémie Mwilanya qui avait, entretemps, saisi la pensée du chef, met en place la grande machine du Front commun pour le Congo, une force rassemblant une vingtaine de regroupements politiques, des mouvements associatifs et des personnalités.

Sous la houlette de Joseph Kabila, le prof approche toutes ces forces et les intègre dans un schéma électoral commun capable de porter, Emmanuel Ramazani Shadary au sommet de l’État. Le kabilisme se met donc en mouvement pour le maintient. L’ échec du 30 décembre 2018 tombe comme un coup de tonnerre dans le ciel congolais. Rien de surprenant ; une campagne sans directeur de cabinet, un candidat fortement contesté et une gestion financière et logistique éloignées de Néhémie Mwilanya, la plaque tournante, posent problème.

Résilient, le Dircab de Joseph Kabila réussi malgré tout l’autre pari, la conquête de la majorité parlementaire dont tout le monde s’est réclamé depuis le début de la législature. Certes, Mwilanya n’a jamais proclamé les résultats des législatives, mais il avait personnellement suivi et encadré les Partis et Regroupements politiques du FCC avant, pendant et après les élections législatives, jusqu’à la proclamation des résultats définitifs qui avaient consacré la victoire du FCC et même à la formation et à la formalisation de la Majorité parlementaire à l’Assemblée nationale.

Il avait, dans la foulée, retenu les inconstants qui étaient déjà sur le point de plier bagages pour rejoindre le camp du vainqueur de la présidentielle et isoler ainsi le Président Kabila.
Le risque de transhumance grondait aux portes du FCC déjà en fin 2018 !

Le reste du récit s’inscrit en lettres de victoire du FCC qui rafle la mise dans la grande majorité des assemblées délibérantes et au niveau des executifs provinciaux. Le FCC est désormais la première force politique de la RDC et le CACH de Félix Tshisekedi, prenant la mesure des enjeux, courbe l’échine en jouant, dans un premier temps, le jeu de la coalition politique avec le FCC.

Néhémie Mwilanya, toujours lui, est au coeur des négociations entre le FCC et CACH. Il émerge comme le point focal de Joseph Kabila dans cette nouvelle formule politique jugée volatile par de nombreux observateurs. L’ancien Dircab le sait et il déploie une énergie remarquable pour sauver la coalition alors que plusieurs bonzes du kabilisme prônent la rupture.

En tant que Coordonateur du FCC, Néhémie Mwilanya privilégie le débat démocratique au sein de la famille politique, assurant, pour ce faire, la tenue de réunions, deux fois par semaine, des chefs de regroupements du FCC. un rythme impressionnant et rarement observé dans le microcosme politique congolais!

L’ organisation de deux retraites politiques dévaluation poursuit également l’objectif d’un examen sans complaisance, par tous, de l’etat de la famille politique de Joseph Kabila.

Mwilanya non coupable

On ne peut pas feindre d’ignorer que les défections enregistrées au sein du FCC aujourd’hui, auraient pu se produire dès la débâcle de Ramazani Shadary à la présidentielle de 2018.

C’est lorsque les démons de la jalousie et de la haine ont hanté certains d’entre les cadres du FCC, et que ceux-ci ont entrepris de tout disputer à Mwilanya, y compris la simple police des débats, que le flou a commencé à élire domicile dans la vie du FCC.

Il n’est un secret pour personne que les agitations actuelles de la plupart des acteurs, ne visent qu’à se trouver un bouc émissaire pour justifier une traversée et masquer leur veritable nature de mercenaires politiques. Le départ de Steve Mbikayi illustre parfaitement la réalité selon laquelle pour entrer au FCC on confesse le nom de Joseph Kabila et pour en sortir on cite volontiers le nom de Néhémie Mwilanya.

Le Coordonnateur National du FCC a pourtant réussi, et de façon très remarquable, eu égard aux succès qu’il a déjà engrangés au cours des deux dernières années.
Est-il encore temps d’arrêter cette avalanche de calomnie et de médisance gratuites et de s’employer résolument à promouvoir la concorde, pour le bien de tous?

Pour l’heure Néhémie Mwilanya affiche un silence qui destabilise ses adversaires. Le même silence qu’il affichait lorsque le gâteau de la coalition politique FCC-CACH était partagé sous son nez et qu’il ne s’était octroyé aucune faveur. A-t-on demandé des comptes aux bénéficiaires de ce butin et aux chefs de regroupements politiques sur le contrôle effectif de leurs députés ? Le triomphe du silence, le prof l’a cultivé au pied du plus grand stratège politique congolais de tous les temps, Joseph Kabila.

Alain KAS