L’avertissement de Kabila se réalise aujourd’hui

Josheph Kabila RDC pancien Président, Autorité Morale FCC

Il recevait, il y a de cela quelques années, le Der Spiegel d’Allemagne. L’entretien fut fleuve et beaucoup de sujets sensibles furent abordés. Au point de soulever une vague de passions déchaînées au sein de l’opinion nationale. Mais une question fit particulièrement office de casus belli.

Avouant les domaines où il croit n’avoir pas réussi, Joseph Kabila lâcha « n’avoir pas réussi à transformer l’homme zaïrois en congolais ». La colère explosa comme une bourrasque. Le Chef de l’Etat d’alors fut traité de toutes les indélicatesses. Singulièrement dans les milieux de l’opposition y virent l’occasion d’exiger sa démission.

Les années sont passées. Les gens ont vite rangé dans les placards la question, estimant avoir soldé leurs comptes avec « le provocateur ».

Sonné

Le 24 janvier de cette année, Félix prend le pouvoir dans une explosion de joies et de ferveur populaire remarquable. Pour sceller ce moment historique où la cérémonie de prestation de serment d’un Chef d’Etat se déroule la première fois en présence d’une foule immense ayant désacralisé la pelouse du Palais de la nation, cette dernière impose une ligne rouge au nouveau président : « Papa avait dit le peuple d’abord ».

Fatshi prend acte avec beaucoup d’empressement et promet la rupture et le changement dès ses premières heures de fonction.

De la parole à l’acte, un directeur de cabinet est nommé, suivi assez rapidement de la mise en place d’un cabinet de prime jeunesse. Des figures inconnues de l’opinion, mais dont la virginité a mis en confiance totale une opinion friande de sensationnel au sommet de l’Etat.

Deux à trois mois passent, Félix découvre, tétanisé, des cadavres puants dans la placard de la présidence. L’odeur est si tenue qu’elle parvient jusqu’à son sanctuaire. Sachant qu’à son arrivée, il n’y avait aucune odeur de pourriture, il décide d’y voir plus clair et tombe nez à nez avec une maffia de prédation qui donne le frisson dans le dos. Tissée avec le plus grand flegme sous ses yeux.

Il convoque tout le monde et laisse éclater sa colère. Il accuse la plupart de ses collaborateurs de n’être pas au Palais pour le travail, mais pour le business. Il entre en froid avec ces chipoteurs complètement décevant.

Leçon

Félix a d’autant perdu la foi en son entourage qu’il n’arrive pas à comprendre comment des hommes moulus dans des principes rigoureux, qui ont passé leur vie à dénoncer le mal et toutes ses conséquences, soient les premiers à se retourner contre le bien-être collectif et ne pas hésiter filouter un peuple sans défense. Ce jour-là, le fils du Sphinx a sans doute compris que le problème au Congo , n’est pas celui des principes et des structures, comme ils s’évertuaient à le chanter au sein de l’opposition.

En RDC, il se pose un problème de la qualité de l’homme acteur dans la société. Un homme formaté dans la fraude et les pratiques illicites ne saurait se laisser transformer même par 37 ans de lutte revendiquée. Comme de l’eau sur le dos d’un canard, les principes de valeur devant régir la société sont passés par-dessus lui.

C’est là le problème que Kabila, du haut de son expérience pratique a essayé de poser à l’opinion nationale. Après avoir tenté de reformater son peuple, il a découvert qu’un virus infranchissable reprogrammait aussitôt le mal.

Sinon, comment expliquer que même dans l’UDPS et au sein de l’entourage de lutte de Félix l’ont retrouve un grand nombre de combinards. C’est dire que le même problème se pose chez Lamuka, chez Ensemble, au MLC et partout ailleurs jusqu’au sein de la société civile.

Il ne s’agit donc pas d’un problème de famille politique ainsi qu’ont essayé de le faire croire, de nombreux observateurs, pendant longtemps. Il s’agit d’un problème structurel de mentalité et de moralité au rabais qui affecte tout la société.

Existentiel

Au fond, Kabila, comme tous les détenteurs de la sagesse pratique voulait mettre sur la place publique une question ontologique. Dommage qu’au Congo, les penseurs ont foutu le camp, laissant la place à des réactionnaires béats et plats.

Après trente-deux ans de dictature, au gré d’un matraquage sans précédent visant la dépossession des valeurs éthiques et l’érection de plusieurs artifices et sensibilités diabolique, l’homme congolais devient en réalité le premier chantier sur lequel il faudra impérativement travailler.

Les boutades lancées à profusion dans la musique congolaise, du genre « shé, shégué, chance eloko pamba, constituent en réalité le symbole du formatage de l’homme congolais. C’est la négation de l’effort, des études, du travail et des principes moraux élevés qui fait avancer toutes les nations du monde.

Impasse

Un anecdote authentique. Un soir d’une certaine année, je me perds dans la fixation de date, je suis à bord d’un mini-bus qui nous reconduit à la maison. J’habite Binza ozone. Des étudiants de l’IBTP discutent fiévreusement politique. Nous sommes encore sous Kabila à qui ils décernent un carton rouge sur toute la ligne.

Puis arrive, on ne sait comment une petite digression sur Lumumba. La plupart des jeunes sont sans commentaires. Beaucoup connaissent à peine le personnage. Soudain, l’un d’eux fend le silence et désavoue de manière sèche le héro national. Il dit que Lumumba n’est rien pour lui parce qu’il est mort pauvre, n’a laissé aucune villa à ses enfants ni un charroi automobile.

Voilà, en près de soixante d’indépendance, le vrai formatage de l’homme congolais. Lier l’immense Lumumba à la fortune, c’est renier le fondement de l’humanité progressiste et continuer à patauger dans les eaux de la bestialité.

Certes, Félix peut remplacer son cabinet. Mais quelle garantie formelle aura-t-il que la nouvelle fournée sera la meilleure. Tant que l’on aura pas reprogrammé le congolais, le pays va demeurer dans un cycle infernal.

Magg Mikombe

9
Laisser un commentaire

avatar
7 Commentaire threads
2 Thread réponse
0 Followers
 
Commentaire plus pertinent
Meilleur commentaire
9 Auteur de commentaire
RubinLouidHérita MbulangaThomas BetynaDanny Auteur récent de commentaire
  Souscrire  
Notification de
Louid
Louid

L’analyse est bonne mais il faut aussi proposer des actions, des solutions à envisager pour sortir du cercle infernal.

Thomas Betyna
Thomas Betyna

Fort bien dit

Danny
Danny

Il y a moyen de changer tout ça, la sanction. À quoi ça sert les prisons…

Rubin
Rubin

Au Congo RD, et quelque part ailleurs, la prison sert à faire souffrir les innocents qui essaient d’aller à l’encontre du deal des dirigeants, et qui ne trouvent pas directement leur mort. Les dirigeants se livrent simplement à leur business le plus sûr et foulent au pied ce pour quoi ils sont dirigeants.

Maguy Kabamba
Maguy Kabamba

Voilà le genre de réflexions dont la RDC a grandement besoin maintenant plus que jamais. Le changement de mentalités est l’impératif dont ce pays doit server pour imprimer tout changement positif. C’est une question existentielle, car en s’évertuant à changer la mentalité du Congolais, tout suivra automatiquement: le développement durable, la reliance économico-sociale et la maturité politique. Cet article me rappelle une discussion de six jeunes garçons qui se moquaient du septième garçon parce que son père n’a pas de deuxième ou troisième « bureau » … « Il n’est pas à la mode! », s’Etait exclamé un d’eux… Celui qui arrivera à changer… Lire plus»

Bukasa

Nous voulons un congo fort sur les lois fondamentales et non un congo fragiliser par les pensees eronees

Hérita Mbulanga
Hérita Mbulanga

Pensé erroné ? vraiment un exemple d’un Congolais qu’il faut formaté.La pensé elle est réelle et caracterise notre société

Anicet kabwana
Anicet kabwana

Bien dit

Henri Kabamba
Henri Kabamba

Formidable ! Le voleur volé….